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Valentino

Pavillon des Folies

Voir le défilé : https://www.youtube.com/watch?v=lf4PxvAHv9Y
Voir les looks : https://www.valentino.com/fr-fr/collections/valentino-pavillon-des-folies-spring-summer-2025-show/explore-the-looks


Le show note nous dit : 

Nous sommes des créatures fragiles, confrontées en permanence au sentiment de nos limites. Nous avançons sur la pointe des pieds au milieu de miroirs qui se brisent sous le poids de notre démarche. Il n’est pas un pas que nous ne fassions sans risquer l’achoppement ou la chute. Il n’est pas une respiration qui ne porte en elle l’ombre de la vulnérabilité. C’est toutefois cette même condition qui nous initie au sens véritable de notre dimension temporelle. Quel sens pourrait avoir, en effet, notre séjour terrestre, s’il n’était pas limité dans le temps, mais s’avérait être infini?

 

Le caractère limité de l’existence, par conséquent, « contribue à lui donner un sens, et non à l’en priver » (V. E. Frankl). Plongés comme nous sommes dans l’infinité absurde du devenir de toute chose, nous ressentons le besoin impérieux de donner un sens à ce monde de tumulte, de traverser le mystère de la vie en recherchant quelque chose qui puisse lui restituer sa valeur et sa consistance.

 

C’est dans un tel cadre que la beauté peut se constituer comme un remède contre l’angoisse qui naît devant le caractère obsolescent et indéterminé de notre destin. Comme un point d’ancrage pour naviguer au sein de ce « pavillon des folies » que nous appelons la vie. Loin d’être fugace et inconsistante, la beauté est, en effet, en mesure de réconforter et d’accueillir la vie dans une étreinte conservant la chaleur des corps. Sa fonction est réparatrice : elle berce la fragilité et panse le désordre du réel.

 

Mais qu’est-ce que la beauté ? Comme l’affirmait Théophile Gautier : « il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien », parce qu’affranchi de la logique du besoin. La beauté, cependant, n’est inutile qu’en apparence. Je pense aux couleurs chatoyantes des fleurs. Ces teintes enivrantes sont le moteur de l’un des labeurs les plus précieux et fragiles que nous connaissions : la pollinisation. Les abeilles remplissent leur extraordinaire rôle de généticiennes de la planète en se fondant sur le goût et la rationalité esthétique. Leur évolution dans l’entrelacs labyrinthique des formes colorées se fait au gré d’une quête fébrile de la beauté.

 

Peut-être Montaigne avait-il raison : « il n’y a rien d’inutile en nature, non pas l’inutilité même ». Surtout si elle sert à nourrir notre bonheur. Nous le savons : lorsque nous créons de la beauté, ou que nous la reconnaissons dans le flux indifférencié et chaotique de nos existences, nous sommes comme transportés dans un état de joie capable de nous arracher à la vacuité du sens. Il s’agit d’un mouvement, subtil et incendiaire, qui nous interpelle tout entiers, agissant comme un surprenant propagateur de plénitude.

 

Quand je parle de la beauté je ne me réfère évidemment pas à l’élévation de celle-ci au rang de mythe universel, dogmatique, normatif. Je fais plutôt référence à cette capacité de ressentir profondément, d’entrer en contact avec quelque chose qui ouvre et révèle un nouvel univers de sens : une épiphanie dans laquelle deviennent immédiatement visibles les connexions qui existent entre nous, les choses, et tous les vivants.

 

Ce sentiment peut soudainement s’enflammer quand nous entrons en contact avec une oeuvre d’art, ou lorsque nous contemplons l’enchantement du cosmos. Il s’agit de l’indicible d’une lumière, du caractère sacré d’un sein gorgé de lait, de la splendeur d’une robe finement brodée, du long prélassement de l’âme sur la chair, de la souveraineté du vide, de la poursuite des lucioles en quête d’amour, de l’odeur de la terre humide, de la caresse d’un volant en organza, du miracle des bibliothèques, du glacis subtil d’une aquarelle.

 

La beauté est semblable à ce que Martin Heidegger appelle alètheia (ἀλήθεια) : c’est-à-dire à un dévoilement, à une révélation. Dans son surgissement inopiné, elle embrase la poitrine, elle ébranle la terre. Mais nul ne parvient à la nommer avec précision parce qu’il appartient à son essence de n’être jamais complètement saisissable par le langage. En tant qu’elle est la plus grande consolation du rêveur, la beauté devient donc « la puissance avec laquelle on regarde l’impuissance des choses » (E. Severino), l’éclat de lumière qui nous protège de la grisaille de l’absurdité, le remède magique capable de nous faire traverser l’abîme de l’éphémère. Cette précieuse et fine toile d’araignée qui nous permet de virevolter au-dessus du vide.

Alessandro Michele

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Directeur créatif : Alessandro Michele

Pavillon des Folies, collection Printemps-Été 2025, marque le premier défilé - et deuxième collection - d'Alessandro Michele pour Valentino, faisant suite à sa collection Croisière 2025 intitulée Avant les Débuts. Le directeur créatif y déploie une fois encore sa signature maximaliste et romantique, réinventant avec audace les codes de la maison italienne.

Vision

Alessandro Michele déploie dans ce défilé une méditation poétique sur la fragilité humaine et le rôle salvateur de la beauté.

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Dévoilée lors de la Paris Fashion Week en septembre 2024, la collection Pavillon des Folies incarne une révolution esthétique pour la Maison Valentino, scellant l'ère naissante d'Alessandro Michele à sa direction artistique. Ce manifeste vestimentaire réinvente avec audace les canons du luxe, mêlant héritage historique et subversion contemporaine dans un dialogue inédit entre passé et futur.

Michele y déploie sa grammaire créative caractéristique : volumes sculpturaux, orfèvrerie textile et références vintage se conjuguent pour créer une esthétique baroque et romantique, véritable ode à l'exubérance poétique. Soieries opulentes, teintes électriques et drapés organiques célèbrent un nouvel âge de liberté créative, où chaque silhouette devient un portrait de l'individualité.

Le titre Pavillon des Folies convoque l'esprit des fêtes galantes du XVIIIe siècle et du Paris bohème, transfiguré par le prisme décalé du designer. Un spectacle sartorial où l'extravagance le dispute à la perfection technique, et où chaque pièce surgit comme un objet d'art insolite et résolument actuel.
 

L’Avènement d’Alessandro Michele chez Valentino : Une Révolution Maximaliste dans un Paysage Mode de Plus en Plus Standardisé

 

Dans une époque où les collections de vêtements deviennent "beaucoup trop commerciaux, trop ressemblants", le retour d’Alessandro Michele marque une renaissance du maximalisme en tant qu’acte de résistance créative. Après le départ de Pierpaolo Piccioli chez Valentino, Michele opère une métamorphose radicale des codes de la maison italienne. Le style distinctif des deux directeurs créatifs incarne un changement de paradigme : là où Piccioli célébrait un minimalisme héroïque, Michele impose un langage baroque et foisonnant. Mais comment rend-il précisément hommage à Valentino Garavani à travers son premier défilé ? Plongeons dans une analyse détaillée.

Le Rouge Valentino : Un Héritage Sacré Réinventé

"Depuis le premier show de Valentino Garavani, il y a au moins un look rouge à chaque défilé." Cette tradition quasi sacramentelle perdure sous Michele, qui réinterprète le rouge iconique (Pantone 18-1663 TPX) avec une audace contemporaine. Comme le rappelle Giancarlo Giammetti dans son interview chez Vogue : "He did red once, and now you have red in every collection. We don’t like to throw away things we like or that bring good luck." Michele intègre cette couleur phare dans plusieurs looks (27, 45, 82), avec une réinterprétation frappante au look 45 – un écho direct au look 14 à sa collection Automne/Hiver 2015 chez Gucci, prouvant sa fidélité à une esthétique personnelle tout en honorant l’histoire de Valentino.

Les accessoires rouges, comme le chapeau du look 52 ou les nœuds papillons sur les talons du look 1, renvoient explicitement au dernier défilé haute couture Printemps/Été 2008 de Valentino Garavani, un moment charnière où le rouge devenait symbole d’adieu et de transmission. Michele, en archiviste passionné, réactive ces détails avec une précision quasi muséale.

Broderies et Motifs : L’Archive Réveillée

Le premier show de Michele introduit une dimension inédite chez Valentino : des broderies complexes inspirées de tapis chinois du XIXe siècle. Comme l’explique Tim Blanks : "Looking at the couture in the archive, I saw little embroidered jackets with a base in Chinese carpets from the 19th century." Cette référence, jamais exploitée auparavant par la maison, témoigne de la méthode Michele : exhumer des détails oubliés pour les sublimer dans un contexte moderne.

Les jabots (look 10), les motifs pointillés (look 3) et les nœuds papillons (look 43) deviennent des signatures récurrentes, bien que traitées avec une simplicité assumée dans cette collection. En revanche, les volants – déclinés sur cols, manches et jupes – s’imposent comme un leitmotiv, rappelant l’amour de Michele pour les silhouettes romantiques et théâtrales.

Bestiaire et Plumes : Entre Tradition et Subversion

Contrairement à ses habitudes chez Gucci, Michele évite les motifs animaliers dans ce premier défilé (ils apparaîtront plus tard, comme dans le look 22 de la collection Automne/Hiver 2025 "Le méta-théâtre des intimités"). Cependant, il conserve certains éléments chers à la maison : textures serpentiformes, sacs en forme de chat, et fourrures.

Les plumes, quant à elles, deviennent un élément central. Valentino Garavani les utilisait fréquemment, et Michele, qui les avait déjà explorées dans sa collection croisière 2019 pour Gucci (looks 41, 80, 86), les déploie ici avec une générosité remarquable (looks 19, 32, 44, 58, 68, 73, 78, 85). Ces plumes ne sont pas de simples ornements : elles incarnent une continuité transgressive entre l’héritage de Garavani et l’univers onirique de Michele.

Réinterprétations Archivistiques : Quand Michele Réécrit Valentino

Le look 5 est particulièrement révélateur : il s’inspire directement d’une silhouette de la collection Automne/Hiver 1960 de Valentino Garavani, mais Michele y injecte sa touche personnelle – un mélange de nostalgie hippie et de maximalisme baroque. Comme il l’affirme lui-même : "Valentino a toujours été une grande inspiration pour moi."

Cette approche n’est pas sans rappeler son premier défilé pour Gucci (Automne/Hiver 2015), où émergeaient déjà ces mêmes motifs. Pourtant, la différence avec Pierpaolo Piccioli reste frappante : là où ce dernier privilégiait une élégance épurée, Michele assume un style résolument "hippy, maximaliste, faisant référence aux années 60-80".

Alessandro Michele et la Philosophie de la Beauté : Une Réflexion Vestimentaire sur l'Existence Humaine

Comme dans ses précédentes collections, Alessandro Michele intègre des références philosophiques profondes à son défilé Pavillon des Folies, transformant la mode en un véritable manifeste existentiel. Son questionnement sur le rôle de la beauté et sa relation symbiotique avec l'humanité prend ici une dimension presque thérapeutique.

La Beauté comme Antidote au Chaos

Michele explore l'idée que "la beauté est nécessaire pour l'homme car elle le guérit, lui fait oublier les sentiments négatifs, face au monde chaotique." Cette vision rejoint les théories de philosophes comme Viktor Frankl, pour qui la recherche de sens est fondamentale à notre condition. Michele pousse cette réflexion plus loin : sa collection ne se contente pas d'être belle - elle se veut bienfaisante, un baume contre l'absurdité du monde.

Une Scénographie de la Fragilité

Le lieu du défilé, "un espace fermé, sombre, qui fait penser à un garage de voiture", devient une allégorie matérielle de cette pensée. Les détails soigneusement choisis :

  • Miroirs cassés au sol : Symbolisent la fragmentation de l'identité moderne et renvoient directement au show notes

  • Lampes enveloppées de tissu : Évoquent une lumière tamisée, comme voilée par les incertitudes de l'existence

Ces éléments transforment le podium en espace philosophique, où chaque modèle devient un marcheur hésitant entre ombre et lumière - incarnation parfaite de "notre existence comme marche précaire entre vulnérabilité et transcendance."

Enzo Wang

Paris France

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